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À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2026, le programme des Cadettes de la cyber du Pôle d’excellence cyber et Cyber4Tomorrow, programme porté par Numeum et le Campus Cyber, s’associent pour proposer un dialogue intergénérationnel inédit.

D’un côté, Marjorie Bordes, Vice-President et Group Chief Information Security Officer (CISO) de Capgemini et marraine engagée au sein de notre programme. De l’autre, Louise Dachelet, étudiante en double cursus ingénieur/sciences po à l’IMT Atlantique et à Sciences Po Paris ainsi que cadette de notre 5ème promotion et représentante d’une génération qui entre dans la cyber avec détermination et ambition.

Entre parcours confirmé et regard d’une nouvelle génération, leur échange met en lumière toute la valeur du mentorat : la spontanéité et l’élan des débuts dialoguent avec l’expérience et la capacité de décision acquises au fil du temps. De cette transmission naît une réflexion commune sur les grands enjeux futurs de la cybersécurité.




Qu’est-ce qui vous inspire le plus chez l’autre ?

Marjorie Bordes :

«  Sa liberté d’agir sans contrainte. Sa capacité à se dire que tout est possible quand on a envie et que ca a du sens. »


Louise Dachelet :

« Ce qui m’inspire chez Marjorie, c’est sa détermination. Elle sait où elle va et elle s’est imposée dans un milieu exigeant sans douter de sa légitimité. Au-delà de son parcours qui est déjà impressionnant, c’est son aptitude à concilier sa carrière et sa vie personnelle qui m’inspire. Elle prouve qu’on peut être efficace, directe et aller droit au but, sans pour autant perdre son côté humain. C’est une mentor accessible, ce qui me donne confiance pour la suite. »



Comment les visions des plus jeunes et des plus expérimentées se complètent-elles ?

Marjorie Bordes :

« Les plus jeunes ont cette liberté de penser sans contrainte, sans présupposés ou frein induit par l’expérience, les échecs ou les déceptions.
Ils ont l’énergie sans limite des débuts, l’effervescence qui permet de faire naître de grandes choses. Les plus expérimentés apportent l’expérience et les savoir faire/être nécessaires pour faire atterrir les choses concrètement. Ils sont là pour décider. »

Louise Dachelet :

« C’est une question de perspective : d’un côté, il y a ceux qui possèdent l’expérience, les connaissance et l’expertise, et qui maîtrisent le terrain. De l’autre, ma génération arrive avec une vision décomplexée et une approche différente de l’équilibre de vie. Avec une confiance mutuelle, nous apportons à la fois de l’agilité et un regard neuf qui vient bousculer les acquis, mais aussi de la structure, de la prise de recul et une gestion sereine des enjeux.  »



Y a-t-il une rencontre ou une expérience qui vous a marquée ?

Marjorie Bordes :

« Mon premier patron au ministère de la Défense. Un grand monsieur, vrai rôle model, avec de véritables convictions, un courage managérial à toute épreuve (surtout les plus difficiles!), un protecteur de ses équipes en toutes circonstances. Il avait cette capacité à mixer détermination, décision, autodérision et humour, recul et résilience à la fois. Il valorisait chacun d’entre nous et nous responsabilisait rapidement pour qu’on donne le meilleur de nous même. »

Louise Dachelet :

« L’année dernière j’étais en plein doute, je me demandais si je voulais me lancer dans des études de droit après mon école d’ingénieur. Je suis donc allée à la rencontre de professionnels, j’ai passé une semaine en observation au sein du ComCyber-MI. J’y ai découvert ma vocation, notamment lors de ma journée dans le département juridique. Je dois à celle-ci mon choix de poursuivre un Master de droit aujourd’hui. Les problématiques qui m’y ont été partagées, en particulier la conciliation des libertés fondamentales et des moyens d’action de la cyberdéfense, m’ont passionnée et j’ai su que j’avais trouvé ma voie. »



Quelles seront les évolutions majeures du cyber d’ici 20 ans ?

Marjorie Bordes :

«  La question de Digital trust sera encore plus criante qu’aujourd’hui : la vraie question sera : à qui je choisis de faire confiance, jusqu’où et pour quoi faire. »


Louise Dachelet :

« Anticiper les menaces techniques à 20 ans est un défi, mais ma conviction est que le futur de la cyber se jouera sur le terrain de la souveraineté et de la stratégie. Le véritable enjeu ne sera plus seulement de bloquer des attaques, mais de bâtir une autonomie numérique européenne. Cela passe par une gouvernance forte qui nous permette de ne plus dépendre de solutions technologiques tierces. C’est à ce carrefour, entre les régulations et la diplomatie, que je compte m’investir. Enfin, pour moi, la résilience de demain sera une question de solidité institutionnelle. Elle naîtra de notre capacité à créer un cadre de confiance juridique capable de tenir face aux crises. »



À travers cet échange, une conviction se dessine : la cybersécurité se construit dans le dialogue entre les générations. D’un côté, la liberté de penser, l’énergie et le regard décomplexé de celles et ceux qui arrivent dans le secteur ; de l’autre, l’expérience, la détermination et la capacité de décision acquises au fil des responsabilités. Le mentorat permet précisément cette rencontre, où l’inspiration circule dans les deux sens et où les parcours deviennent des points d’appui pour la génération suivante.

Leur regard vers l’avenir met également en lumière une transformation profonde du cyber. Au-delà des seules questions techniques, les enjeux se déplaceront de plus en plus vers la confiance numérique, la souveraineté et la gouvernance. Dans un environnement où il faudra décider à qui accorder sa confiance et construire une véritable autonomie numérique européenne, la cybersécurité s’inscrira pleinement au croisement de la stratégie, du droit et des politiques publiques.